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La fusée Eole

De 1927 à 1931, Jean-Jacques Barré, alors lieutenant à la Section Technique d'Artillerie, collabore, à titre privé, aux travaux de Robert Esnault-Pelterie sur la propulsion fusée. De 1931 à 1932, il sera d'ailleurs détaché auprès d'Esnault-Pelterie qui travaille sous contrat du Ministère de la Guerre.
Affecté à la Commission des Poudres de Guerre en 1933, il n'est autorisé à reprendre ses études sur les fusées qu'en 1935. Jusqu'au début de la guerre, il travaille sur un projet d'arme anti-aérienne appelée "obus-fusée". Il s'agissait d'un engin non-guidé de 16 kg lancé par mortier, mesurant 120 mm de diamètre et 1.80 m de long. Fonctionnant au benzotoluène et peroxyde d'azote, son moteur devait délivrer une poussée de 700 daN.

EA 1941 EA 1941

EA 1941
Dès décembre 1940, la Section Technique d'Artillerie fut reconstituée clandestinement à Lyon sous le nom de "Service Central des Marchés et de Surveillance des Approvisionnements". Barré y fut affecté et proposa la mise au point de différents types d'engins autopropulsés pour des applications militaires mais aussi de recherche.
En juillet 1941, le Ministère de la Guerre commandait la réalisation de 22 fusées à liquides camouflées sous l'appellation de "gazogénérateurs". Ces engins, baptisés en fait EA 1941 (Engin Autopropulsé 1941), devaient être capable d'envoyer une charge de 25 kg à 100 km de distance. Barré revenait aux propergols qui avaient donné satisfaction à Esnault-Pelterie : oxygène liquide et éther de pétrole. Les réservoirs étaient concentriques, l'oxygène liquide étant au centre. Le moteur, alimenté par pression d'azote, devait délivrer une poussée de 10 kN.
Les essais statiques furent réalisés en 1941-42 au camp du Larzac d'abord (3) puis à Vancia, dans la banlieue de Lyon (4). Malgré des échecs, des poussées de 6 à plus de 8 kN furent obtenues. Des essais en vol étaient prévus en Algérie, et une partie du matériel avait été expédiée à Oran, quand le débarquement allié en Afrique du Nord vint interrompre le programme.
Après la libération, le matériel fut rassemblé - y compris celui qui avait été stocké à Oran - et les essais en vol furent programmés au polygone de la Renardière, près de Toulon. La fusée pesait environ 100 kg et mesurait 26 cm de diamètre pour 3.13 m de long. Stabilisée par un empennage tripale, elle était tirée depuis une rampe de 16 m de long.
Le premier lancement, réalisé le 15 mars 1945 fut un succès partiel. Le lendemain, le second fut un échec. Le 6 juillet 1945, trois tirs furent effectués dont deux succès partiels avec des portées de 10 et 60 km. Deux derniers lancements échouèrent en juillet 1946.

Eole Eole

Eole (EA 1946 / EA 1951)
Le Laboratoire de Recherches Balistiques et Aéronautiques (LRBA) avait créé à Vernon, le 17 mai 1946, par la Direction des Etudes et Fabrications d'Armes (DEFA). Jean-Jacques Barré y reprit ses travaux sur la propulsion par fusée et conçut un engin appelé EA 1946 d'abord destiné à faire progresser la connaissance en ce domaine, mais aussi à mettre au point un missile balistique à longue portée (300 kg à 1000 km). Cette fusée, qui reçut rapidement le nom de EOLE (Engin fonctionnant à l'Oxygène Liquide et à l'Ether de pétrole), était le prolongement de l'EA 1941. Elle devait mesurer 80 cm de diamètre, 11 m de long et peser 3,4 tonnes au décollage. La configuration à réservoirs concentriques de l'EA 1941 était conservée ainsi que le système d'alimentation par pression d'azote. Le moteur devait développer 100 kN.
Les essais au banc débutèrent en février 1949 à Vernon. Le premier fut relativement satisfaisant mais le second, en janvier 1950, se termina par l'explosion du banc d'essai. On s'aperçut ainsi que le mélange éther de pétrole - oxygène liquide pouvait être hypergolique.
L'éther de pétrole fut donc remplacé par l'alcool sur une nouvelle version de l'engin désignée EA 1951 ou EOLE (Engin fonctionnant à l'Oxygène Liquide et à l'alcool Ethylique). La disposition des réservoirs fut également modifiée : réservoirs en tandem au lieu des réservoirs concentriques.
Le premier essai au banc eut lieu en décembre 1950, il fut suivi de 6 autres jusqu'en septembre 1951, puis de 3 autres, sur engins complets, entre mars et octobre 1952. Des poussées de plus de 90 kN furent obtenues.
La poussée nominale de 100 kN - qu'on envisageait de porter à 140 kN - était insuffisante pour assurer la stabilité du lancement d'un engin de plus de 3 tonnes. Deux solutions étaient à l'étude : adjonction d'une propulsion auxiliaire fournissant 240 kN pendant 0.5 s (composé de deux moteurs situés de part et d'autre d'Eole) et utilisation d'un système à câbles (table à tambour tournant) dérivé de celui utilisé pour Véronique.
Aucun de ces systèmes n'était prêt au moment de la date prévue pour les premiers essais en vol. Il fut donc décidé de lancer des engins allégés de capacité réduite au 2/5 de la capacité normale. La masse au décollage n'était que de 1788 kg dont 1090 kg d'ergols. L'engin n'était pas guidé mais stabilisé par trois empennages triangulaires. Il était lancé depuis une rampe de 21 m porté par un tétrapode en treillis métallique.
Deux essais en vol furent réalisés en novembre 1952 à Hammaguir. Ils se soldèrent par des échecs, les empennages ayant été détruits au moment du passage du mur du son.

Le programme Eole fut arrêté en décembre 1952, ainsi que l'ensemble des travaux du LRBA sur l'oxygène liquide. Les ergols stockables, plus faciles à mettre en œuvre dans les missiles, seront en fait utilisés sur toutes les fusées-sondes françaises à liquides ainsi que sur les premier étages des différentes versions de Diamant.


Fusées EA
EA

Calendrier de lancement des engins EA

DateSiteVéhiculeMissionRésultats
15 Mar 1945LRNEA1941 #1TechnologieE, en vol
16 Mar 1945LRNEA1941 #2TechnologieE, sur rampe
06 Jul 1945LRNEA1941 #3Technologie 
06 Jul 1945LRNEA1941 #4Technologie 
06 Jul 1945LRNEA1941 #5TechnologieS, 60 km de portée
18 Jul 1946LRNEA1941 #6TechnologieE, sur rampe
18 Jul 1946LRNEA1941 #7TechnologieE, sur rampe
22 Nov 1952HMGEA1946 #1TechnologieE, en vol
24 Nov 1952HMGEA1946 #2TechnologieE, en vol
Notes: LRN = La Renardière, Toulon; HMG = Hammaguir


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